En RDC, la violence faite aux femmes s’aggrave de jour en jour

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La République démocratique du Congo a été inscrite à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations Unies depuis plusieurs décennies, sous une forme ou une autre par le biais de diverses missions de maintien de la paix. Le Conseil se réunit régulièrement sur le statut du Congo, la dernière session ayant eu lieu le 26 juillet 2018 et se concentrant sur les progrès vers les élections présidentielles et législatives prévues pour le 23 décembre.

Justine Masika Bihamba, présidente de Synergie des Femmes, une organisation de femmes basée à Goma, au Congo, a parlé au Conseil des conditions de vie des femmes dans le pays, y compris l’augmentation de la violence sexuelle contre les femmes, longtemps un fléau des nombreuses guerres intermittentes. le Congo depuis son indépendance, sinon plus tôt.

Voici le discours de Bihamba au Conseil, traduit du français par Donor Direct Action, un groupe de défense des femmes basé à New York qui soutient l’organisation de Bihamba. – L’éditeur.

Monsieur le Président, Excellences, Bonjour. Je voudrais remercier l’ambassadeur suédois [Olof Skoog, envoyé de la Suède à l’ONU], qui m’a invité ici pour parler au nom des femmes congolaises, trop souvent victimes de violences sexuelles et exclues de la gestion des affaires publiques et de la paix négociations.
Je suis une défenseure des droits de l’homme et présidente du conseil d’administration de Synergie des Femmes pour les victimes des Violences Sexuelles, une plateforme de 35 organisations œuvrant pour l’amélioration, la promotion, la défense, le respect et la protection des droits des femmes. sont victimes de violences sexuelles. Nous intervenons également dans la gouvernance, le plaidoyer, la protection des droits de l’homme et la construction d’une paix durable au Nord-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo.
Aujourd’hui, j’aimerais aborder trois thèmes:
● Monusco [la mission de maintien de la paix de l’ONU au Congo];
● L’augmentation de l’insécurité et l’augmentation des cas de violence sexuelle contre les femmes et les filles;
● Le climat politique tendu, suite à l’échec des élections dans le délai constitutionnel.
Monusco
La décision de fermer certaines bases de Monusco expose de nouveau la population civile dans les zones sensibles. Malgré le déploiement rapide, les interventions arrivent souvent trop tard, lorsque des actes irrécupérables ont déjà été commis. Après une diminution des ressources financières, le Bureau Conjoint des Droits de l’Homme [Monusco] n’est plus présent sur le terrain; par conséquent, il ne peut plus documenter efficacement les cas de violations graves des droits de l’homme qui sont maintenant signalés par téléphone.
La population craint également les troubles et les débordements le jour des élections [déc. 23] et espère que Monusco assurera la formation de la police congolaise afin de maintenir l’ordre et sécuriser les bureaux de vote.

L’augmentation de l’insécurité et l’augmentation des cas de violence sexuelle contre les femmes et les filles
Au Congo, la situation des femmes, et en particulier des victimes de violences sexuelles, s’aggrave de jour en jour en raison de la prolifération des groupes armés. Ces groupes sont à l’origine de guerres répétées, provoquant des viols massifs et des déplacements de population, affectant principalement les femmes et leurs enfants. Les cas de viol et de violence ont augmenté cette année de plus de 60% au Nord-Kivu.
Le climat politique tendu suite à la non-tenue d’élections dans le délai constitutionnel
Le climat politique au Congo est très tendu en raison de la non tenue des élections dans le délai constitutionnel [de décembre 2016]. Plusieurs manifestations ont été arrêtées par la police, des civils tués, des dégâts matériels importants, notamment dans les couvents et les églises catholiques, et des arrestations arbitraires de dirigeants du mouvement citoyen, d’acteurs politiques de l’opposition et de défenseurs des droits humains. . Cinq mois avant les élections, l’abattement politique est loin d’être une réalité pour les militants qui sont toujours emprisonnés.

En plus de cette instabilité politique et de la répression brutale des voix dissidentes, plusieurs projets de réformes juridiques initiées par le gouvernement congolais tendent à réduire davantage la liberté d’expression congolaise et l’espace civique. Parmi eux, une réforme vise à modifier le régime de fonctionnement des ONG [organisations gouvernementales nationales et internationales] et la lutte contre le terrorisme. Si ces réformes sont adoptées dans leurs termes actuels, les principes clés de l’état de droit seront sapés.
Le faible taux de participation des femmes au processus électoral actuel et d’autres organes de décision.

La loi électorale, promulguée le 24 décembre 2017, constitue un sérieux obstacle aux droits et libertés du peuple congolais. Il impose de nombreuses contraintes, notamment l’obligation pour les candidats d’atteindre un seuil de représentativité d’au moins 1% des voix au niveau national. Par conséquent, aucune candidature aux élections provinciales n’a été déposée avant la date limite dans certaines circonscriptions. De plus, cette loi discrimine les femmes dans la compétition électorale en ne prenant pas en compte leurs conditions socio-économiques. La loi impose aux candidats de verser une caution de 1 000 dollars, somme astronomique pour les femmes et les jeunes, dont la plupart vivent avec un revenu inférieur à 1 dollar par jour. Le Forum des femmes congolaises sur la Résolution 1325, représentant des femmes de toutes les provinces, a plaidé auprès des autorités de la République congolaise pour exiger que ce projet soit abandonné.
L’utilisation des machines à voter proposées par le gouvernement est également contestée par les acteurs politiques et la majorité de la population par crainte de fraude électorale. Le Congo compte actuellement une population de 65% d’analphabètes – principalement des femmes et des jeunes, qui auraient d’énormes difficultés à utiliser ces machines.

Enfin, en tant que défenseur des droits humains, présidente du conseil d’administration de Synergie des Femmes et au nom de toutes les femmes exclues et abusées, nous recommandons au Conseil de sécurité et aux Etats membres:
● Faire pression sur le gouvernement congolais pour qu’il mette en place une politique qui favorise réellement la participation des femmes à la prise de décision et aux candidatures féminines aux élections;
● Demander au gouvernement de respecter la liberté d’expression, le droit de manifester et l’espace civique de la population congolaise;
● Exiger du gouvernement qu’il respecte l’accord de Saint Sylvestre [stipulant que les élections devraient avoir lieu en 2017], la Constitution et la primauté du droit;
● Que la Monusco rétablisse ses bases dans les zones sensibles pour assurer la protection efficace des civils, soutenir le processus électoral et veiller à ce que le Bureau conjoint des droits de l’homme documente efficacement les violations des droits de l’homme par des visites sur le terrain;
● Soutenir matériellement les organisations de la société civile qui travaillent pour la promotion et la défense des droits des femmes afin de former les femmes à la direction afin qu’elles puissent accéder aux postes de décision.
Merci encore une fois de m’avoir donné l’honneur, en tant que défenseur des droits humains, de faire entendre la voix des sans voix.

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