Les autoritĂ©s ougandaises devraient enquĂŞter de manière approfondie sur l’agression meurtrière du 4 octobre 2019 contre un activiste des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), a dĂ©clarĂ© aujourd’hui Human Rights Watch. La mort de l’activiste Brian Wasswa survient alors que le gouvernement ougandais appelle Ă  la prĂ©sentation d’un projet de loi contre l’homosexualitĂ© prĂ©voyant la peine de mort pour les actes consentis entre personnes du mĂŞme sexe.

Wasswa, 28 ans, a Ă©tĂ© agressĂ© chez lui Ă  Jinja, une ville de l’est de l’Ouganda. Wasswa travaillait depuis 2017 en tant que parajuriste formĂ©e par le Forum de sensibilisation et de promotion des droits de l’homme (HRAPF), une organisation d’aide juridique qui soutient les communautĂ©s vulnĂ©rables, y compris les personnes LGBT. Wasswa a Ă©galement travaillĂ© en tant qu’Ă©ducateur auprès de l’organisation de soutien au sida (TASO), une organisation non gouvernementale ougandaise dĂ©diĂ©e Ă  la prĂ©vention, au traitement et aux soins du VIH / sida, oĂą il a menĂ© une campagne de sensibilisation sur le VIH aux personnes LGBT. Justine Balya, juriste auprès de HRAPF, a dĂ©clarĂ© que Wasswa Ă©tait sociale, aimĂ©e et qu’elle Ă©tait dĂ©terminĂ©e Ă  conseiller les jeunes vivant avec le VIH sur l’importance de suivre un traitement.

Quelques jours après l’assassinat de Wasswa, le ministre de l’Ă©thique et de l’intĂ©gritĂ©, Simon Lokodo, a dĂ©clarĂ© Ă  la presse que le Parlement envisageait de prĂ©senter un projet de loi qui criminaliserait la “promotion et le recrutement” des homosexuels et comprendrait la peine de mort pour les “graves” actes homosexuels consensuels. . La mesure proposĂ©e fait Ă©cho Ă  la loi anti-homosexualitĂ© de 2014 en Ouganda, qui criminalisait la «promotion» indĂ©finie de l’homosexualitĂ©. Les premiers projets incluaient la peine de mort pour «homosexualitĂ© aggravĂ©e». La Cour constitutionnelle a annulĂ© la loi de 2014 pour des raisons de procĂ©dure. NĂ©anmoins, son passage a contribuĂ© Ă  la violence, Ă  la discrimination, aux expulsions et aux arrestations arbitraires de personnes LGBT, comme l’ont documentĂ© Human Rights Watch et Amnesty International.

«Après le meurtre horrible de Brian Wasswa, le gouvernement ougandais devrait clairement affirmer que la violence n’est jamais acceptable, quelles que soient l’orientation sexuelle ou l’identitĂ© de genre», a dĂ©clarĂ© Oryem Nyeko, chercheur Ă  Human Rights Watch pour l’Afrique. “Au lieu de cela, un ministre gouvernemental chargĂ© d’Ă©thique et d’intĂ©gritĂ© menace de tuer des homosexuels aux mains de l’État.”

L’Ouganda a connu une montĂ©e en puissance de la rhĂ©torique homophobe du gouvernement ces dernières semaines. Outre la menace de la ministre Lokodo de redonner vie au projet de loi anti-homosexualitĂ©, la ministre de la SĂ©curitĂ©, Elly Tumwine, a affirmĂ© dans une interview accordĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©vision le 3 octobre que des personnes LGBT Ă©taient liĂ©es Ă  un groupe terroriste prĂ©sumĂ©.

Wasswa, qui vivait seul dans une maison situĂ©e dans un enclos clĂ´turĂ© abritant d’autres maisons, a Ă©tĂ© agressĂ© Ă  son domicile le 4 octobre. Edward Mwebaza, directeur exĂ©cutif adjoint de HRAPF, a dĂ©clarĂ© que les enfants du quartier avaient trouvĂ© la porte ouverte vers 17 heures. maison et a trouvĂ© Wasswa inconscient, allongĂ© dans une mare de sang. Les voisins ont transportĂ© Wasswa Ă  l’hĂ´pital Jinja, oĂą les mĂ©decins ont dĂ©couvert qu’il Ă©tait toujours en vie, mais qu’il avait Ă©tĂ© frappĂ© Ă  la tĂŞte Ă  plusieurs reprises par un objet tranchant. Le 5 octobre, lorsque Wasswa n’a pas rĂ©pondu au traitement, ses collègues de HRAPF ont demandĂ© Ă  une ambulance de le transfĂ©rer Ă  l’hĂ´pital Mulago de Kampala, la capitale de l’Ouganda, Ă  une heure de route. Wasswa est dĂ©cĂ©dĂ© dans l’ambulance en route pour Kampala.

La police du commissariat central de Jinja a ouvert des enquêtes. Ils ont identifié l’instrument du meurtre, une houe à manche courte trouvée au domicile de Wasswa, et ont interrogé un témoin qui a vu un autre homme dans le domicile de Wasswa plusieurs heures avant que celui-ci ne soit retrouvé inconscient, a rapporté HRAPF.

Mwebaza a déclaré à Human Rights Watch que Wasswa était ouvertement gay et non conforme au genre, se décrivant parfois comme transgenre. HRAPF a exhorté la police à enquêter sur la possibilité que le meurtre ait été un crime motivé par la haine.

Mwebaza a déclaré que trois autres personnes homosexuelles et transgenres avaient été tuées en Ouganda ces derniers mois, dans un climat de déclarations de plus en plus hostiles de la part de responsables politiques au sujet des droits des LGBT. Le 1er août, un groupe de chauffeurs de taxi et de motocyclistes ont battu à mort une jeune femme transgenre, Fahad Ssemugooma Kawere, dans le district de Wakiso, près de Kampala, ont rapporté des militants ougandais.

Le HRAPF a Ă©galement connu des attaques violentes antĂ©rieures. En fĂ©vrier 2018, deux agents de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© grièvement blessĂ©s lors d’une effraction violente dans les bureaux de l’organisation Ă  Kampala. En 2016, un agent de sĂ©curitĂ© du HRAPF a Ă©tĂ© battu Ă  mort. Personne n’a Ă©tĂ© traduit en justice pour ces attaques. D’autres organisations travaillant sur des questions sensibles, telles que les droits fonciers et les droits des journalistes et des femmes, ont Ă©galement Ă©tĂ© victimes d’introductions par effraction et, dans certains cas, d’agressions contre des agents de sĂ©curitĂ©.

«Il incombe aux autoritĂ©s ougandaises de rendre justice au meurtre de Brian Wasswa», a dĂ©clarĂ© Nyeko. “La police devrait mener des enquĂŞtes approfondies et les dirigeants politiques devraient s’abstenir de tout discours qui pourrait encourager la violence Ă  l’encontre des personnes LGBT.”

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